Cécile

RGO … Oh My God…

Samedi 8 septembre 2018, 15h31

Reflux

Gastro

Œsophagien

Merde

Après 9 mois d’attente, le voilà qui arrive dans notre vie. Notre second enfant, et avec lui son petit RGO tout neuf, tant redouté tout au long de ma grossesse et fantasmé dès l’arrivée dans ma chambre à la maternité, où la surveillance de la digestion de ma fille était devenue le métronome de mes journées.

Le RGO c’était véritablement pour moi ce qu’était pour la petite Causette le martinet des Thénardier, accroché au-dessus de la cheminée de l’auberge de Montfermeil.

Je l’avais redouté des mois entiers, et avant même la conception de ma fille. J’avais vécu par procuration les RGO de toutes les mères les plus angoissées, épuisées, qui agonisaient sur la toile dans tous les recoins de la blogosphère.

Je connaissais par cœur le résultat de toutes les recherches sur ce sujet, si abondamment référencé par Google, que j’en étais arrivée à la conclusion évidente qu’il semblait avoir été identifié par toutes ses victimes comme la galère ultime qui vous flinguait l’accueil d’un nourrisson.

Et il vous flinguait aussi le moral, la confiance, le sommeil et la conscience, par la même occasion. Parce que de ce simple reflux venait l’œsophagite aiguë, et par-là, c’était toute la sphère ORL qui était menacée, avec en point de mire le spectre des otites à répétitions.

Une vraie saloperie quoi.

Alors dès le premier vomis de Mahault, aux environs de ses deux mois, et sans autre signe annonciateurs, je déboulai chez notre médecin généraliste, aussi prête que je pouvais l’être à en découdre avec l’affreux reflux, et surtout, aussi déterminée que possible à ne pas le laisser passer inaperçu et m’en tirer avec une tape dans le dos et un bon vieux

« un bébé ça pleure, Madame ».

Parce que mes recherches d’archéologue m’avaient aussi conduite à la conclusion que la lutte contre le RGO c’était aussi une lutte contre la montre, et parfois contre le corps médical. Le web regorgeait de témoignage de mères qui déploraient des diagnostics souvent tardifs, jusqu’à l’exemple de cette femme contrainte à donner un biberon sous le nez de son pédiatre pour qu’il constate l’odieux reflux et accepte enfin de lui prescrire son précieux sachet d’Inexium.

Mais heureusement, je n’eus pas à en arriver là. Par chance, autant pour moi que pour lui, notre médecin eu le bon goût d’évoquer de but en blanc ce foutu RGO alors même que je n’avais pas encore dégainé ma carte vitale et que Mahault était encore allongée dans sa poussette.

Ce fut un premier soulagement pour moi. Une première petite victoire : me sentir écoutée.

Mais le médecin resta prudent.

Mahault n’avait vomi qu’une fois et elle allongeait déjà ses nuits, ce qui nous faisait douter, lui et moi de l’exactitude du diagnostic. Puisque le RGO était censé faire souffrir un bébé qu’on allonge, il nous restait encore la possibilité de nous défausser sur les toutes aussi fameuses coliques du nourrisson, ou même sur une petite gastro, qu’elle aurait hérité de sa grande sœur qui venait de faire sa rentrée en petite section.

Je m’en tirais donc avec du Gaviscon, pour soulager ma fille, qu’ironie du sort, j’avais moi-même pris durant toute la grossesse de Joséphine pour lutter contre mes propres remontées acides…

Ce ne fut que deux jours plus tard que le doute se dissipa, alors que nous rentrions du parc et que Mahault retourna intégralement à l’envoyeur le contenu de son biberon, qu’elle avait pourtant avalé avec entrain plusieurs heures auparavant. Elle n’avait donc pas manqué d’appétit, ni du temps nécessaire pour venir à bout de sa digestion. Il fallait que ce soit autre chose que de simples petites remontées acides.

Je brandis donc à nouveau ma carte vitale encore fumante de la veille et me ruai vers le cabinet du docteur, à quelques mètres des grilles du square, bébé encore gluant de son REFLUX.

Ça y était!

Le diagnostic officiel était enfin établi, prononcé calmement par notre médecin généraliste, et si étrange que cela puisse paraître, il fut pour moi un véritable soulagement. Car avec lui j’intégrai presque avec une forme de fierté cette communauté si bruyante et si nombreuse des « mamans de RGO ».

Grâce à ce diagnostic j’allais pouvoir me fendre moi aussi de mon propre petit article de blog à empêcher une femme enceinte de faire ses nuits.

Et comme j’étais un véritable guide Vidal du RGO, capable de dresser une liste à la Prévert de ses symptômes, sa posologie n’avait plus aucun secret pour moi, si bien que j’aurais pu tenir la plume de mon médecin quand il me délivra l’ordonnance. Le sésame qui ouvrit la porte à toutes ces angoisses qui s’était entassées dans ma tête, leur permettant finalement en quelques sorte, de se dissiper un peu.

Pour la première fois de ma vie de mère, alors-même que l’on m’avait annoncé la fin du monde, j’avais réussi à affronter un diagnostic médical concernant mes poupettes sans sortir le mouchoir. J’étais presque fière de moi. Rassérénée que pour une fois la machine médicale accepte de se mettre en marche à mes côtés, au rythme qui me convenait.

Mais ça, c’était en sortant de chez le médecin.

Car ce balbutiement de confiance en moi fut balayé dès l’après-midi même, d’un revers de main par la sage-femme avec laquelle j’entamais, avec un entrain pour le moins modéré, la première de mes 10 séances de rééducation du périnée.

N’ayant d’autre choix que de la laisser s’immiscer dans mon intimité je décidai de me laisser aller à la confidence, pensant naïvement pouvoir trouver auprès d’elle un peu de réconfort, elle qui était censé être si « sage » et puis surtout si « femme ». Mais il n’en fut rien. Au lieu de cela elle me servit un discours dont je frissonne encore, à cette heure où je cherche désespérément une bonne raison d’annuler les 9 séances restantes durant lesquelles cette vieille bonne-femme était sensée me « rééduquer ».

Ce fut tout mon modèle de parenté qui en prit un coup.

Je n’allaitais pas? Le RGO c’était la faute du lait maternisé, qui n’était pas adapté à l’enfant.

Je me plaignais que mister RGO casse le rythme des nuits de ma fille? Mais voyons, j’étais ridicule de penser que mon bébé puisse faire ses nuits à 6 semaines, c’était contre nature, son cerveau n’était pas suffisamment mature pour réguler son rythme de sommeil.

Alors même que Joséphine les avait faites à 5 semaines et se portait pourtant comme un charme à tout point de vue.

Je n’avais jamais rien entendu d’aussi bête de la part du corps médical.

En somme, en plus d’être une mère malchanceuse, j’étais une mauvaise mère. Je ne faisais que récolter ce que je méritais. Bref. Si elle voulait me rééduquer, j’étais déterminée à lui montrer de quoi mon périnée à moi était capable, à cette bonne-femme.

Mais toujours est-il que mes envies de vengeances périnéales ne réglaient pas le problème que j’avais toujours avec le RGO de ma fille.


A l’heure de la rédaction de ce billet, nous entamons le combat contre lui comme une sorte de course contre la montre pour ne pas laisser le mal faire trop de dégâts, mais rassurés quand même que le diagnostic ait été posé et qu’un traitement soit disponible et réputé être efficace.

Nous entamons aussi ce combat épuisé, après deux nuits d’angoisse et le panier à linge sale rempli de bodies et pyjamas trempés de lait régurgité.

Au bout de 24 heures l’Inexium semble la soulager. Elle dort mieux, s’allonge sans souffrir et ne renvoie plus.

Une autre angoisse demeure cependant. Celle que le reflux complique la tâche de notre fille pour trouver sa place dans la famille et que Joséphine en profite pour s’en accaparer encore un peu.

J’avais toujours redouté que l’on ne parvienne pas à accorder à Mahault ce que l’on avait accordé à sa grande sœur. Qu’on la traite différemment, sans même s’en rendre compte.

Dans son billet intitulé « Naître et grandir », Marc livre un peu de son sentiment face au défi de l’accueil de Mahault et à son inévitable différenciation. Inévitable, mais pas pour autant plus évidente, car nous étions évidemment tentés quotidiennement par la comparaison, pas nécessairement pour jauger notre fille en elle-même, mais plutôt pour jauger notre propre comportement à son égard.

 

Et le reflux de Mahault nous obligeait à revoir la plupart des plans que nous avions échafaudés pour elle.

Les nuits de Mahault ne pouvaient plus être les nuits de Joséphine, pas plus que ses repas, ses humeurs ou ses cris. Étant bébé, Joséphine n’avait jamais pleuré pour autre chose que pour manger. Avec le RGO de Mahault, nous apprenions avec déchirement à distinguer la différence entre la faim du nourrisson et sa douleur.

Mais à tout prendre, cette galère de RGO avait au moins le mérite de différencier pour de bon notre seconde fille de la première à nos yeux, et l’aider pour lutter contre ses douleurs était un élan de plus, s’il en fallait un, pour développer une empathie particulière pour notre seconde petite fille.

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