Marc

School Blues :-(…

Depuis 15 jours notre fille est en petite section.

Et cette étape de sa vie se résumait pour moi à une bonne claque dans la gueule.

Quoi ?! Moi ?!

Parent d’enfant scolarisé ?!

Moi ?! Défilant sur les podiums, devant les grilles de l’école ?!

Moi ?! Un parent d’élève ?!

Non!

Moi, un parent à qui cette première rentrée scolaire flanquait surtout un bon coup de vieux !

C’était désormais officiel, et aussi crispant que la sonnerie d’une fin de récréation : je n’étais plus juste le jeune parent de nos petits bébés…

Et toute la sémantique et la logistique scolaire semblaient être construites pour s’acharner à me rappeler de force à cette obligation de vieillir.

Car cette rentrée c’était aussi l’occasion de se familiariser avec de nouvelles obligations, de procéder à de nouveaux ajustements, qui venaient perturber l’équilibre que nous avions trouvé.

Il fallait apprendre :

  • à parler de cantine et de « boîtes-à-goûter » ;
  • à thermocoller des étiquettes de vêtements (tellement plus cool et plus pratiques que les vieilles étiquettes en bobine de grand-mère qui grattent dans le cou) ;
  • à prévoir des changes pour les accidents de sieste (et ne pas se faire refourguer les culottes salies par d’autres gosses) ;
  • à doser correctement le « Périscolaire » ;
  • à savoir distinguer la « grande garderie« , facturée au forfait, de la « petite garderie« , gratis, mais limitée à 20 Minutes ;
  • à récupérer au fond du panier à doudou celui de son enfant sans se gratter la tête ou déclarer de gastro dans les 48 heures ;

Et puis surtout, il fallait apprendre à prononcer correctement « ATSEM », en faisant semblant de comprendre, comme tous ces autres parents si bien dans leurs baskets de vieux, ce que cet acronyme barbare pouvait bien signifier (n’hésitez pas à poster un commentaire si vous le savez…).

At’ quoi? A’tzem? A’lsem? C’est quoi? C’est qui?

La nounou quoi, l’assistante.

La Dame quoi!

Merde!

Et en plus de l’At’bidule, il y avait un Gardien, un Dirlo, un chef du « Péri », et puis bien sûr un MAÎTRE!

Nous avions troqué une ASSMAT’, une femme douce, qui nous assistait avec dévouement, dans la garde de notre enfant ; une femme que l’on payait nous-même, avec qui l’on pouvait s’arranger, contre une de ces figures tutélaires de l’école de la République (et des bouquins de Marcel Pagnol) : Le Maître d’école!

Alors le nôtre, Guillaume de son petit nom (qui leur chantait des chansons à la guitare acoustique…), n’avait pas de moustache, ni de règle en bois, ni d’ailleurs d’accent du Sud, mais il avait l’horrible tort d’être un homme ; et moi, le père de ma fille, le seul homme de sa vie, j’avais un peu les boules de laisser un autre homme prendre une place quelconque dans l’univers éducatif et affectif de ma poupée.

D’autant que Guillaume était un doux, un gentil, un affectueux. Un qui pouvait plaire à ma Joséphine.

Moi j’en avais eu un, un vrai maître d’école, au CP. Un avec moustache et un du Sud. Et il ne m’avait rien inspiré d’affectif.

Alors que le père Guillaume, avait déjà réussi, au bout de 3 jours, à se faire offrir un bouquet de mauvaises herbes arrachées par Joséphine sur un trottoir devant la grille de l’école…

Bref…

Les boules quoi.


J’avais aussi les boules parce que l’école, je n’avais jamais aimé ça, à titre personnel.

Et que par la procuration de ma fille, je revivais un peu de ces temps enfouis, que je n’avais pas vraiment envie de déterrer.

L’école, je n’en avais conservé que les mauvais souvenirs. Je n’avais commencé à l’apprécier qu’à partir du Collège, voire du Lycée, c’est à dire quand les copains, les filles et les sorties avaient pu y prendre une place prépondérante, et surtout quand les professeurs avaient remplacé les maîtres et maîtresses.

Le métier d’un professeur était d’enseigner sa matière, et il s’en contentait le plus souvent, alors que celui d’un maître était d’enseigner la vie.

Et j’avais eu du mal à reconnaître à mes parents ce droit, alors l’accepter de la part d’un maître m’avait toujours été intolérable.

Quand j’étais adolescent, je m’étais juré que plus tard, quand ce serait moi le parent et que mes enfants seraient à leur tour à la place qui était alors la mienne, je réglerais, d’une manière ou d’une autre, les comptes que j’avais encore à régler avec mes maîtres et maîtresses.

Heureusement pour mes filles, j’avais grandi depuis.

Mais la voir se lancer à son tour dans ce parcours qui m’avait été si douloureux ne se faisait pas sans un petit pincement au cœur, et sans une certaine envie d’en découdre par avance avec quiconque se mettrait en travers du bonheur et du bien-être de ma fille.


Pour Cécile, la rentée de notre enfant appelait des réflexions plus mondaines… (School fame)

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