Cécile

School Fame :-) !

Ça y était, notre Joséphine, 3 ans tout rond, venait de faire sa rentrée scolaire ; ou plutôt devrais-je dire son entrée « en scène »!

Et grâce à elle, c’était nous qui faisions également une entrée en scène dans la petite vie publique de notre quartier.

Car nous venions de découvrir que les grilles de l’école étaient en réalité un véritable podium, un tapis rouge sur lequel les papas et les mamans du quartier venaient défiler chaque jour, certains par goût, certains sous la contrainte.

En fait, je le savais déjà plus ou moins, et pour moi c’était d’ailleurs plutôt par goût, d’autant que je savais que dans mon cas ce ne serait que transitoire. Le congé maternité de notre seconde fille n’allait pas durer éternellement, et je n’allais pas être en mesure de briller en chair et en os, matin, midi et soir devant les grilles aussi souvent que je le voudrais.

J’allais être contrainte d’envoyer une doublure : une nounou quoi (qu’il fallait d’ailleurs encore que je trouve !).

Mais quitte à être cantonnée au foyer pendant quelques mois encore, j’étais bien décidée à jouer le jeu à fond, pour une fois que ce rôle-là pouvait me conduire sous les projecteurs.

J’étais donc bien décidée à me faire de nouvelles copines avec qui faire le trajet jusqu’à l’école, à qui donner rendez-vous pour aller au parc, ou avec qui spéculer impunément sur le nombre d’enfants et la vie privée des autres mamans du quartier. En bref me rassurer sur le fait que toute jeune maman que j’étais, je ne faisais en somme pas plus mal que les autres.

Pour Marc, cette incursion à l’école se faisait plutôt sous la contrainte.

Il venait tout juste de quitter son job en région parisienne et se souciait encore peu de notre vie sociale à Nantes, où il était heureux que l’on se retrouve seuls et en famille tous les weekends. Et puis lui vivait sa propre rentrée à lui, sous d’autres considérations… (School blues)

Mais moi, j’avais longtemps attendu ce moment-là. J’avais passé près de 2 ans seule à Nantes, à m’occuper de notre fille et je rêvais de pouvoir briser un peu cette routine de la mère qui se contente de son devoir, au profit d’un petit coup de pouce pour notre vie sociale! Le célibat géographique imposé par la vie professionnelle de Marc avait relégué au second plan notre sociabilité de province, que nous n’avions fait longtemps qu’envisager, à l’aune de son arrivée à Nantes encore hypothétique.

Avec Marc de retour, nous avions maintenant le champ libre, et je savais que l’école était le meilleur moyen de rencontrer du monde et de se faire ces nouveaux amis dont nous avions besoin.

Et je n’allais pas être déçue…

Installés dans le quartier depuis déjà près de deux ans, nous vivions pourtant depuis quelques semaines seulement — depuis ce lundi 3 septembre 2018 — comme sous le coup d’une célébrité inattendue.

Soudainement, après quelques jours de classe, il nous était devenu impossible d’aller acheter notre pain sans croiser la mère du petit Truc ou le père de la petite Bidule, que l’on croisait tous les jours à l’école.

— Ah ! Salut Edouard, comment va le petit Edmond?

— Bien! Et la petite Joséphine?!

— Au top!

— …

— Allez! A demain hein!

Impossible d’aller au parc du coin de la rue sans devoir échanger de politesse avec tous ces parents, avec lesquels nous avions désormais quelque chose de si quotidien et de si important en commun, que la scolarité de nos enfants.

Et si d’aventure, nous étions tentés de faire comme avant, c’est à dire de faire semblant de ne pas avoir vu passer le père de Truc ou la maman de Bidule, notre Joséphine ne loupait pas une occasion de nous pousser à nous remettre en scène, lorsqu’elle croisait un gosse qu’elle avait vu dans la cour de récréation :

— MAMAN! C’est Céleste là-bas ! C’est une fille de mon école !

— Aha… oui Doudou… Allez dépêche-toi, papa nous attend!

Avant de faire notre rentrée, nous n’avions qu’un seul point commun avec tous ces gens : nous vivions seulement dans le même quartier, dans la même rue, ou le même immeuble.

Et pourtant, parmi tous ces espaces dans lesquels nous passions tout notre temps les uns à côté des autres, aucun ne nous avait obligé à nouer de liens. Aucun, si ce n’était ces quelques mètres carrés de trottoirs, devant la grille de l’école.

Pourquoi l’école?

Pourquoi cet endroit transformait-il nos vies de parents au moins autant que celles de nos enfants?

Probablement parce que dans c’était dans ce lieu que se concentrait (et se mélangeait !) tout ce que chacun de nous avions de plus précieux au monde. Nos enfants. Et qu’ils méritaient bien que, pour eux, on prenne le temps de s’intéresser les uns aux autres.

Nos enfants étaient tout simplement les meilleurs prétextes que nous avions pour nous aborder, malgré tout ce qui nous différenciait.

Mais si nos enfants étaient le meilleur moyen pour se parler, ils étaient aussi le meilleur moyen pour se jauger, les uns les autres.

Se comparer, se regrouper ; par affinités, par dogmes éducatifs, dans ce saint petit monde de l’enfance, où chacun était enclin à prêcher son petit infanthéisme personnel.

L’école c’était un lieu où les affinités prenaient une importance particulière, pour les parents autant que pour les enfants.

En fait, l’école, ce n’était pas vraiment différent d’ailleurs, du reste de la sphère sociale. L’école rendait seulement les choses et les gens un peu plus visibles, plus réels.

L’école était un endroit où personne ne pouvait se dérober.


Toujours est-il que ces quelques semaines de scolarisation de Joséphine nous avaient donné un sacré élan de sociabilité.

Les invitations données et reçues fusaient au travers des barreaux du square et ruisselaient à grands torrents le long des trottoirs de l’école.

Les cafés en terrasse à 9h30 avec mes nouvelles copines, les goûters chez Truc, chez Machin ou Bidule-Chouette et les sorties au parc promettaient de rythmer nos samedis et dimanches pour le reste de l’année à venir.

La dynamique de cet apprentissage collectif de la vie, de ce grand partage d’expérience qu’est l’école, autant pour les parents que pour les enfants, nous donnait le sentiment étrange de progresser en même temps que notre fille.

Le sentiment que ce retour à l’école, tant d’années après l’avoir quittée promettait de continuer à faire grandir notre vie de parents, autant qu’il entamait de faire grandir la vie de notre Joséphine.

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